La sexualité : Interview avec Roger Eykerman


[image:Photo Roger Eykerman]

- Planète-J : Bonjour Roger. Peux-tu te présenter en quelques lignes et nous dire qui tu es ?

- Roger Eykerman : Je suis chrétien, sexologue, marié depuis 34 ans et père de trois enfants.
J’ai été longtemps directeur d’établissements recevant des jeunes cas sociaux ou délinquants, directeur de camps pour ados. Souvent confronté à des problèmes de sexualité et ne sachant pas comment répondre, j’ai d’abord suivi des études de psychologie, puis une formation de sexologue dans une Faculté de Médecine.


- P-J : Les questions que voici ont été posées par de jeunes internautes. La première est :
On dit "pas de relations sexuelles avant le mariage", qu’en dit la Bible ? Et qu’en est-il des "préliminaires", quelles limites ne faut-il pas dépasser ?


- R. E. : Commencer une question en disant "pas de relations sexuelles avant le mariage", c’est laisser entendre que la Bible n’est qu’une liste d’interdictions. La Bible, contrairement à ce qu’on lui fait habituellement dire, donne une image positive de la sexualité, mais elle en réserve l’usage au couple. La relation sexuelle est l’aboutissement, la dernière étape après la constitution d’une nouvelle cellule sociale « l’homme quittera son père et sa mère », l’attachement au conjoint « il s’attachera à sa femme » et enfin « ils deviendront une seule chair » (Genèse 2:24).

On peut remarquer que dans la Bible, Dieu avait donné la sexualité avant même que le péché n’existe. Le mariage est l’officialisation devant témoins de l’engagement mutuel des conjoints. Il faut l’attendre pour avoir des relations sexuelles, non pas à cause d’une interdiction, mais parce que cela contribue à la réussite du mariage, contrairement à ce que nous dit la société qui met le sexe en premier. Patienter est une preuve d’amour et, pour l’avenir, un gage de fidélité.

Quant aux "préliminaires", c’est aux deux futurs mariés de fixer eux-mêmes les limites à ne pas dépasser. Attention, ce n’est pas la même chose de réfléchir quand on a la tête froide et de se contrôler en situation. Quand on a le plaisir d’être ensemble et qu’on éprouve dans notre corps des sensations agréables, on oublie facilement les bonnes résolutions.


- P-J : Les médecins s’accordent pour dire que la masturbation est naturelle et peut être chez les hommes un moyen de réduire le risque de cancer de la prostate. Certains chrétiens disent que c’est naturel, mais d’autres disent que ce n’est pas bien. Qu’en penser ?

- R. E. : C’est un problème qui se pose dans les sociétés où la culture a créé un décalage de plus en plus important entre la puberté, âge de la maturité sexuelle, et l’accès à la vie conjugale.
Il est naturel qu’une personne qui a éprouvé des sensations agréables, découvertes par hasard ou par l’initiation de quelqu’un, ait envie de les reproduire volontairement. Toutefois, la masturbation n’est pas un usage de la sexualité conforme au plan de Dieu qui l’a donnée pour le couple. Elle peut aider certains à découvrir le fonctionnement de leur corps, mais elle a deux inconvénients majeurs.

Par le plaisir qu’elle procure, la masturbation peut devenir une véritable drogue, avec les mêmes effets d’habitude et de dépendance que des produits tels que le tabac, l’alcool, le cannabis ou des drogues dites plus dures. Comme avec ces produits, c’est d’ailleurs souvent dans les moments d’anxiété, de stress, que les gens y ont recours. En second, j’ai rencontré plusieurs fois des gens qui s’étaient tellement habitués à avoir seul du plaisir, qu’ils n’arrivaient pas à ressentir quelque chose avec leur conjoint et ne pouvaient passer à une véritable relation sexuelle. Quant aux arguments médicaux pour justifier ou condamner la masturbation, ils ne me semblent pas très fondés scientifiquement. Pour toutes sortes de raisons physiologiques et psychologiques, les envies sexuelles sont très différentes selon les personnes. Les cancers de la prostate atteignent pratiquement autant des abstinents, que ceux qui ont eu une activité sexuelle solitaire ou conjugale.

Il ne faut ni dramatiser la masturbation, ni la banaliser à l’excès. La Bible n’en parle pas clairement et ne donne pas formellement d’interdit comme elle le fait pour certaines perversions. Le mieux est de pouvoir l’éviter. La victoire est possible comme pour n’importe quelle autre tentation. Pour ceux qui n’y parviennent pas, il est indispensable de se fixer des limites pour qu’elle ne devienne pas un véritable esclavage.


- P-J : Comment calmer les ardeurs lorsque l’on est seul avec son copain/sa copine ?

- R. E. : Eviter des moments d’intimité tels qu’un dérapage serait possible, par exemple de solitude à deux en étant sûrs de ne pas être dérangés. Dans ce sens, il n’est pas prudent de passer la nuit ensemble, même avec les meilleures intentions. Eviter des caresses qui pourraient devenir trop excitantes. Penser à l’avenir, au moment qui sera le grand jour et qui sera d’autant plus merveilleux que vous l’aurez attendu ensemble, et que votre patience avant sera le gage de votre fidélité après.
Il vaut mieux avoir des activités variées ensemble, à l’extérieur ou avec d’autres, que de s’enfermer longuement dans une solitude à deux. Profiter des moments d’intimité pour faire des projets sur votre vie commune future, pour échanger sur vos centres d’intérèt. La vie de couple ne se résume pas au sexe, et surtout pas dans le temps de fréquentations.


- P-J : « Je ne suis jamais sorti avec une chrétienne car j’ai toujours peur qu’elle soit trop coincée. » Que peut-on en dire ?

- R. E. : "Sortir avec quelqu’un" est une forme de conformisme au monde. Ce n’est pas indispensable et cela n’a rien à voir avec une véritable relation conjugale qui se construit dans la durée. Au lieu de sortir comme tout le monde avec quelqu’un, attendre une relation sérieuse avant de s’afficher, c’est de la sagesse et non être coincé. On peut très bien, et c’est souhaitable, fréquenter en simples camarades des gens, y compris de l’autre sexe, sans pour autant s’enfermer dans une relation privilégiée et ambiguë. La question posée vient d’un garçon. J’ai envie pour y répondre de poser une question de fille : « Quelle confiance puis-je avoir, aujourd’hui et demain, dans un garçon qui est sorti avec d’autres avant moi ? ».
Garçon ou fille, se réserver pour la personne avec qui on va construire sa vie n’a rien à voir avec être coincé.


- P-J : Pourquoi l’homosexualité est un péché ?

- R. E. : Elle est une transgression de la volonté de Dieu et la Bible l’interdit. Dieu a donné la sexualité pour le couple, composé d’un homme et d’une femme, deux êtres différents et complémentaires. Le couple hétérosexuel est le fondement de la société. S’il y a des enfants, c’est aussi normalement cette forme de couple qui leur apporte le mieux ce dont ils ont besoin pour construire leur personnalité et s’épanouir.

Pour toutes sortes de raisons psychologiques, souvent liées aux conditions de leur éducation et des expériences vécues pendant l’enfance, des personnes ne se sentent pas attirées par des gens du sexe opposé, mais par des gens de même sexe. Elles ont le sentiment que cela fait partie de leur nature même, qu’elles n’ont pas choisi et qu’elles ne peuvent pas être autrement. Elles revendiquent la liberté de vivre selon leur orientation. On peut ne pas être d’accord, mais, comme toute personne, elles ont droit au respect.

Pour quelqu’un qui veut vivre selon la volonté de Dieu, il ne faut pas confondre la tentation et le péché. Le péché réside dans la pratique homosexuelle, dans la complaisance pour cette orientation, et non dans les pensées homosexuelles involontaires. Je conseille aux gens concernés d’en parler à une personne de confiance qui saura les conseiller sans les juger.


- P-J : Comment calmer les pulsions sexuelles lorsqu’elles se présentent ?

- R. E. : La société met sur le même plan les pulsions sexuelles et les besoins fondamentaux de manger, boire et dormir. C’est plus ou moins difficile selon les personnes, mais on peut vivre sans relations sexuelles ni masturbation. Essayez de vivre sans manger, boire ou dormir !

Les pulsions sexuelles sont donc d’une autre nature, mais elles sont liées au plaisir et, à cause de cela, très difficiles à contrôler. Quand on pense au sexe, cela devient vite une obsession et les tentations deviennent fortes. Même avec la meilleure volonté, on ne peut chasser une pensée qui nous obsède. On peut seulement essayer de s’en détourner, de lui faire perdre de son importance en pensant à autre chose. Un bon moyen de calmer ses pulsions, c’est de passer à autre chose, par exemple à des activités que nous aimons bien, qui nous occupent et sont aussi pour nous sources de plaisir.
Il faut aussi éviter soigneusement tout ce qui peut attiser les pulsions sexuelles : pornographie, images ou films érotiques, plaisanteries grivoises, mais aussi la solitude, l’ennui, une trop grande proximité physique de quelqu’un, etc.


- P-J : Pourquoi la sexualité est-elle un sujet si tabou dans les églises ? Cela a-t-il des conséquences (bonnes ou mauvaises) sur le développement sexuel des chrétiens ?

- R. E. : On confond trop souvent l’enseignement biblique positif sur la sexualité utilisée dans le cadre conjugal (« ils deviendront une seule chair » est donné pour le couple avant la Chute) et une certaine tradition chrétienne qui associe automatiquement sexualité et péché et s’appuie davantage sur l’enseignement de Saint-Augustin ou Saint-Thomas-d’Aquin que sur la Parole.

Effectivement, le sujet est souvent tabou dans les églises. Cela entraîne un manque d’information et d’éducation par rapport à la sexualité. Nombre de jeunes chrétiens pensent que la Parole et l’Eglise n’ont rien à dire à ce sujet et s’en remettent à l’enseignement perverti de la société. Certains vivent leur vie chrétienne d’un côté et leur vie sexuelle de l’autre comme si c’était deux mondes à part sans aucun lien. Certains sont complètement "coincés" dans leur vie sexuelle, en souffrent, mais ne peuvent changer, car ils auraient l’impression de trahir leur foi. D’autres enfin, heureusement de plus en plus nombreux, ont compris que la sexualité était un merveilleux don de Dieu pour le couple et ont une vie épanouie aussi bien dans le domaine spirituel que dans les domaines affectif et sexuel.


- P-J : Une fois mariés, y a-t-il des limites dans l’acte sexuel ?

- R. E. : Là encore, la Bible n’est pas un recueil de permissions et d’interdictions. Il me semble que les limites sont dans le respect de l’autre. Une relation d’amour n’est pas égoïste. La société nous dit qu’il n’y a qu’à vivre selon les élans de notre coeur. Au contraire, par la plume de l’apôtre Paul, la Bible évoque la notion de devoir conjugal (1 Corinthiens 7:2-4). Il peut être nécessaire de faire un effort.

Aucun des conjoints ne doit considérer l’autre comme un objet à sa disposition, mais au contraire se mettre à la disposition de l’autre, tenir compte des désirs ou de l’absence de désir de l’autre. Aucun ne doit demander à l’autre de faire des choses qui le mettent mal à l’aise ou heurtent sa conscience. Suivant les moments, certains devront donc se freiner pour tenir compte de l’autre qui a moins de désir, ou au contraire se forcer un peu pour que l’autre puisse avoir du plaisir. C’est valable aussi bien pour la fréquence des rapports, que dans la façon de faire et dans l’ambiance générale de la vie du couple.


- P-J : La fellation est-elle permise ? Qu’en penser au niveau spirituel ?

- R. E. : On est encore dans le registre du permis-défendu. La Bible énonce bien des interdits, mais c’est toujours en dehors du couple. Dans le cadre du couple, rien n’est précisé, pas plus pour la fellation que pour d’autres caresses. La limite, me semble-t-il, c’est le respect de l’autre. J’en vois aussi une autre, cette fois pour des raisons plus anatomiques que morales. La muqueuse anale, beaucoup plus fine et plus fragile que la muqueuse vaginale, n’est pas adaptée à une pénétration sexuelle qui risque de la blesser.

Puisque la dimension spirituelle est évoquée, j’ajouterai que l’absence d’interdits dans le couple ne doit pas pour autant faire de la sexualité une idole. Dieu a donné le plaisir, mais la recherche du plaisir ne doit pas prendre la place de Dieu dans notre vie. La sexualité n’est que la troisième composante du mariage, après la constitution d’une nouvelle cellule sociale et l’attachement au conjoint.


[image:livre Tabou?]

- P-J : Tu as écrit un livre sur la sexualité. Le titre du livre est « Tabou ? ». Je trouve personnellement qu’il est bien écrit. Peux-tu nous en parler ?

- D. H. : J’ai voulu réconcilier les chrétiens avec leur sexualité, rétablir l’enseignement de la Bible à ce sujet, au-delà d’une certaine tradition chrétienne qui s’en est éloignée. J’ai commencé par dénoncer un certain nombre d’idées faussement attribuées à la Bible sur la place de la femme ou la morale sexuelle. Je parle aussi de la masturbation, des relations sexuelles précoces, de la cohabitation, du choix d’un conjoint, de l’homosexualité, etc. Enfin, je donne des conseils pratiques par rapport à des difficultés que peuvent rencontrer certains couples et qui ne sont pas insurmontables.

Ce livre s’adresse à des chrétiens de tous âges, mais particulièrement à des jeunes adultes qui sont très fortement influencés par la société et s’imaginent que la Bible est silencieuse ou toujours négative sur un sujet aussi important que la sexualité. En un mot, j’ai tout fait pour que la sexualité ne soit plus un sujet tabou dans l’église, que les chrétiens soient épanouis, à l’aise avec une sexualité bien contrôlée et bien vécue sous le regard de Dieu.


- P-J : Peux-tu nous dire en quelques mots pourquoi il est important de parler de ses combats à un autre chrétien, surtout dans le domaine de la sexualité ?

- R. E. : La sexualité fait partie de ce qu’il y a de plus intime et de ce qu’on veut garder secret. En même temps, la société impose des normes en dehors desquelles on se sent marginal, inadapté, dévalorisé, ridicule. Il est plus facile de se reconnaître malade, peu instruit, pauvre, handicapé, que de reconnaître avoir un problème avec sa sexualité.
Pourtant, par le plaisir qui y est attaché, la sexualité est un lieu privilégié de tentation. L’ennemi sait très bien profiter de la solitude, de la gêne qu’il y a à parler de sexualité, du secret pour entraîner dans le péché. Pouvoir se confier à quelqu’un qui peut écouter sans juger, être le témoin des luttes et des souffrances, prier, conseiller, est utile pour arriver à la victoire ou à la guérison. Il faut que le confident choisi soit un chrétien, de préférence marié, plein de bon sens, d’amour et de sagesse.


- P-J : Merci beaucoup pour tes réponses et pour le temps que tu nous as accordé. Il est vrai qu’il est toujours difficile d’aborder la question de la sexualité, mais c’est une chose importante qu’il ne faut pas négliger.

- R. E. : Dieu nous appelle à la sainteté dans tous les aspects de notre vie, y compris la sexualité. Ce n’est pas la sexualité qui est péché, mais le mauvais usage qu’on peut en faire. Dieu est aussi dans notre chambre à coucher et bénit nos relations sexuelles, mais à la condition que la sexualité ne prenne pas toute la place, et surtout celle de Dieu, dans notre vie car, dans ce cas, elle deviendrait une véritable idole.
La sexualité est un moyen de communication dans le couple, de se donner l’un l’autre et de recevoir du plaisir. Elle est un don de Dieu, mais elle ne doit pas le remplacer.


Propos recueillis par Olivier


Nous aimerions vous conseiller le livre de notre invité : « Tabou ? » paru aux éditions Farel dans la collection « Nouvelles données relationnelles ». Roger Eykerman se tient à votre disposition pour toute question particulière à l’adresse suivante :



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